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L’Afrique du Sud, un vivier d’artistes talentueux

L’Afrique et l’Afrique du Sud en particulier, regorgent d’artistes talentueux. Le marché de l’art est en pleine ébullition ! Voici un petit aperçu non exhaustif de ces artistes qui ont marqué la scène artistique sud-africaine, mais aussi ceux en plein essor.

L'Afrique du Sud, un vivier d'artistes talentueux

 Des artistes cotés à l’international : honneur aux dames !

Le marché de l’art se développe de manière considérable en Afrique du Sud avec un attrait de plus en plus important de la communauté internationale pour ses artistes. Chaque année, l’Africa Art Market Report, lancé par le marchand d’art Jean-Philippe Aka, propose une approche chiffrée du marché de l’art africain, moderne et contemporain. Sur les dix artistes les plus cotés du marché en 2016 (dernier rapport en date), cinq sont Sud-Africains.

Irma Stern

D’ascendance allemande, Irma Stern (1894-1966) est née en Afrique du Sud en 1894 mais n’y restera que très peu de temps. Fuyant la seconde guerre des Boers, la famille retourne en Allemagne où ils vivent jusqu’en 1920. Irma y étudia l’art et est alors associée au mouvement des expressionnistes allemands. Elle tient sa première exposition à Berlin en 1919. Elle revient en terre natale dans les années 20 et s’installe définitivement à Cape Town à partir de 1926 où elle finira ses jours en 1966. Stern peint de nombreux paysages et les gens qu’elle rencontre. Elle est l’une des premières artistes sud-africaines contemporaines à insérer dans ses peintures les habitants noirs d’Afrique du Sud. Sa spécialité reste tout de même les peintures florales et portraits dont le plus connu, Arab with Jug (1945) s’est vendu à plus d’1 000 000 de dollars à Londres en 2016.Son œuvre a fait l’objet de grandes rétrospectives et, en 1971, le musée Irma Stern est inauguré dans sa maison à Cape Town. Occupant la tête du classement des artistes modernes, les toiles d’Irma Stern comptent aujourd’hui parmi les plus cotées du marché africain avec des prix atteignant plusieurs millions de rands.

Marlène Dumas

Concernant les artistes contemporains, la tête du classement est occupée par Marlène Dumas. Née en 1953, elle doit son nom aux descendants de huguenots français qui se sont établis au XVIIe siècle en Afrique du Sud, en même temps que les colons hollandais. Fille d’un vigneron de Kuils River, un village éteint de la province du Cap, elle fait partie des quelques Afrikaners qui ont préféré quitter le pays plutôt que de vivre sous l’apartheid. A 23 ans, elle part pour les Pays-Bas où elle entre-prend des études artistiques. Loin de la censure de l’apartheid, elle développe son art et commence à exposer à Paris. Son œuvre sera mise à l’honneur dans le cadre de “Féminin-Masculin, le sexe de l’art” à Pompidou. Teintés d’expressionnisme, ses toiles et dessins se distinguent par leur contenu politique et leur message fort. Alors que beaucoup d’artistes se perdent dans des questions de pure forme, elle n’hésite pas à provoquer sur des thèmes contemporains aussi divers que l’histoire de l’art et de la littérature, la sexualité, le racisme et l’Afrique.Tout comme Stern, ses toiles sont parmi les plus cotées du marché de l’art africain. En 2016, son œuvre Night Nurse, vendue à plus de 2 500 000 dollars à NYC par Phillips, fut la toile la plus onéreuse de l’année la positionnant comme une des femmes peintres les plus chères du monde.

 Le père de la photographie sud-africaine : David Goldblatt

Le père de la photographie sud-africaine David Goldblatt avait l’Afrique du Sud dans la peau. Pendant près de soixante-dix ans, ce photographe à la peau tannée et aux yeux bleus perçants a photographié son pays avec passion et rage. Depuis l’injustice criante du régime d’Apartheid, jusque dans les nouvelles contradictions d’une société postcoloniale. « Je suis un critique social autoproclamé et sans permis », résumait-il. « L’Afrique du Sud coule dans mon sang. Elle me démange, m’irrite, m’inquiète. ». Le « père de la photographie sud-africaine », comme on le sur-nommait, nous a quitté en juin 2018, à l’âge de 87 ans, à Johannesburg, sans avoir jamais reposé son appareil, laissant derrière lui une œuvre subtile et variée, où chaque image explore la complexité des relations humaines. Concernant son œuvre, David Goldblatt n’était pas un photojournaliste. Comme il aimait le dire, il faisait de la photographie documentaire capturant les gens et les lieux significatifs des structures sociales. Il avait suivi les groupes sociaux et "raciaux", sous l’Apartheid et après, alors que la société gardait des traces de la ségrégation institutionnalisée. Dans les années 1960, il s’intéressait aux mines de sa ville natale, aux directeurs blancs comme aux ouvriers noirs. Il photographiait aussi sans manichéisme les Afrikaners à l’origine de l’Apartheid. Puis les banlieues de la classe moyenne blanche. En 1972, il avait travaillé pendant six mois dans l’immense township de Soweto, où les blancs n’allaient pas, accompagné d’un jeune qui lui servait de guide. Il était entré dans les maisons pour rencontrer les familles et faire des portraits. Il s’était penché aussi sur le cauchemar des transports pour les habitants des bantoustans qui travaillaient à Pretoria.David Goldblatt avait publié dans les plus grands magazines internationaux, du New York Times Magazine à The Observer et il était exposé dans le monde entier. Il avait été le premier photographe sud-africain à exposer en solo au Museum of Modern Art (MoMA) de New York en 1988.

 Une nouvelle scène artistique en pleine ébullition

Le marché de l’art contemporain sud-africain est en plein essor ! De nombreuses galeries d’art ouvrent aux quatre coins de la nation arc-en-ciel témoignant de la force créative d’une nouvelle génération d’artistes émergente. Impossible de tous les lister tellement ils sont nombreux. Voici trois de mes coups de cœur.

Nelson Makamo, l’icône des nouvelles générations

Né en 1982 dans la province du Limpopo en Afrique du Sud, à la frontière du Botswana et du Mozambique, Nelson Makamo est un portraitiste autodidacte. Il réalise des portraits graphiques et expressifs des gens qui l’entourent et qu’il rencontre, notamment des enfants. Il mène à travers ses œuvres une réflexion sur la génération post-apartheid et son état d’esprit. Il revendique dans ses portraits sa fierté d’être Sud-Africain et souhaite changer la vision que les gens ont du continent. Son objectif est de représenter la jeunesse avec fierté afin d’inviter ainsi les gens à échanger. La majorité de son œuvre se compose donc de portraits d’enfants très expressifs et colorés facilement reconnaissables par leurs lunettes rondes surdimensionnées. Peindre les enfants est une manière pour Nelson Makamo de questionner l’avenir, puisque c’est durant l’enfance que se façonne l’adulte de demain. La figure de l’enfant habituellement représentée en tant que victime du monde des adultes devient au travers de ses toiles force d’action. L’artiste ne cherche pas à représenter une innocence utopique, mais des enfants maîtres de leur avenir incarnant la paix et l’harmonie auxquelles nous aspirons tous dans la vie. Malgré son jeune âge, il a exposé dans des expositions collectives et individuelles en Afrique du Sud, en France, en Italie, en Amérique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Allemagne ou encore en Écosse. Sur une pente ascendante, il vient de faire la couverture du prestigieux journal américain The Times “The art of optimism” en février 2019. Un avenir très prometteur, je l’espère, pour Nelson Makamo ! Vous pouvez le (re)découvrir sur les murs du quartier de Maboneng où il nous offre gracieusement une série d’enfants tous aussi captivant les uns que les autres sur une vingtaine de mètres.

Mary Sibande, la représentation de la “maid” noire durant l’Apartheid

Mary Sibande, la représentation de la “maid” noire durant l’Apartheid. Née en 1982, Mary Sibande est une artiste sud-africaine qui vit et travaille à Johannesburg. Très engagée, elle nous propose une approche artistique de la condition de la femme noire en Afrique du Sud. Grâce à son travail, elle explore les thèmes de genre, de classe et de race, par le biais de la représentation sculpturale de son alter ego, Sophie, symbolisant la domestique noire. Après ses études supérieures en arts plastiques menées à l’Université de Johannesburg jusqu’en 2007, Mary Sibande décide d’utiliser la peinture et la sculpture pour explorer la construction de l’identité dans un contexte postcolonial sud-africain, mais aussi pour tenter de critiquer les représentations stéréo-typées des femmes, en particulier des femmes noires. Depuis plusieurs années, son travail tourne exclusivement autour d’une représentation d’une dénommée Sophie, l’archétype de la bonne noire durant l’Apartheid. La vie de Sophie est exposée à travers une série de sculptures à l’échelle humaine, moulées sur Sibande elle-même. Ce travail est souvent considéré comme autobiographique et s’inspire de l’histoire de quatre générations de femmes domestiques de sa famille. Depuis ses débuts, son œuvre fut exposée en Afrique du Sud, France, Italie, Angleterre, Pays-Bas, Australie et aux USA.

Bambo Sibiya, l’artiste aux toiles surdimensionnées

Bambo Sibiya est un Sud-Africain, né en 1986, à Springs près de Johannesburg. Il commença sa carrière à l’école de musique Mbira et continua ses études en art essentiellement dans le dessin et la peinture. En 2007, il intègre l’Artist Proof Studio cotoyant de prestigieux artistes comme William Kentridge ou Diane Victor.Le travail de Bambo est fortement influencé par les difficultés rencontrées par les femmes et les enfants de sa communauté, questionnant les rôles et contributions des hommes dans le foyer. Ces derniers quittant souvent leur famille pour trouver un emploi en ville, Bambo s’interroge sur la façon dont les femmes endossent le rôle de l’homme à la maison en l’absence de leur mari. Ses toiles, très expressives et colorées, sont particulièrement impressionnantes par leur taille surdimensionnée. Il n’est pas rare de se retrouver dans son studio face à des peintures de 3 mètres sur 5 ! Bambolwami commence à gagner en notoriété. Il a déjà exposé en Afrique du Sud, France, Portugal, Angleterre, Suède et Mexique. Avant qu’il ne devienne inaccessible, n’hésitez pas à faire un tour dans son immense studio à August House, en plein cœur de Johannesburg.

Marie-Clémence